LE LIVRE DE Y.
Des souvenirs précis et des fusions, des bricolages,
associations d’idées, de concepts, des broderies sur certaines redondances de
la mémoire biographique.
Et comme liant de ce bric à brac coloré, les techniques mixtes.
Et comme liant de ce bric à brac coloré, les techniques mixtes.
Un livre en toile
orange à patates en clin d’œil aux sacs de toile sur la charrette à cheval
de M. Petiton et aux ouvrières fileuses des vallées de Lillebonne et Bolbec.
Un kakémono en toile
d’isolation
illustrant cet héritage si ténu matériellement. Des gravures et des estampes
sur « mes » paysages.
Le livre accordéon,
une petite musique de début de vie en noir et blanc comme les « histoires
sans paroles » de l’ORTF.
Son coffret
illustré par la chute d’un cours d’eau. La chute, le bruit, le mouvement,
scénographie hypnotisante des premières années. Les rives où mes
familles ont élu domicile.
Le commerce portuaire, celui du textile, celui des matériaux
de construction, des produits pétrochimiques. Le labeur des hommes et des
femmes dans cette région industrielle.
Lillebonne, Bolbec, la vie, la maladie, les morts et les
naissances. Des souvenirs en cascade par occurrence, sans queue ni tête.
Plus tard, Gravenchon et une avancée dans l’intelligence de
mon monde : prise de conscience de la classe sociale de ma famille et de cloisons dans ce monde . Autant de champ clos à ouvrir.
L’instrument s’ouvre par un carreau de fenêtre évidée : la curiosité, on pourrait dire l’ouverture au
jour, à l’autre.
La fenêtre ou le regard capte deux yeux ronds, ceux de l’infant qui happe lui aussi de son regard
étonné toute la sensorialité qui construira son monde.
Les dentelles, des
navires comme les drakkars, de l’eau, des vagues, des tissus mousseux, des algues de la rivière,
du fleuve, de la mer. Découpage de tarlatane avec rehauts de noirs, clin d’œil aux estampes d’Hiroshige et
Hokusai.
Mes chemins de
halage ;
- Tancarville auprès de la Brouisseresse, petite rivière
longeant le jardin de ma première maison.,
- Bolbec chez mes grand-parents où la Rivière de Bolbec, souvent
exubérante voire effrontée charriait les secrets des vies intimes des habitants
des courées vivantes et modestes,
- Lillebonne où cette même rivière s’appelait Commerce. Commerce que nous partageons Annie
Ernaux, moi et tant d’autres. Rivière
régulière, pressée, active, motrice de l’industrie textile qui la bordait en
pointillé avec ses sentinelles en pierre, immenses cheminées.
- de la Seine à Port- Jérôme,
son passage d’eau, ses mascarets .
- la mer, enfin au terme de toutes petites valleuses
merveilleuses dans la descente et fatigantes à remonter après une journée de plage.
Blaise Pierrehumbert, psychologue illustre les théories de
l’attachement par ce détail, intuition
extraordinaire de la complexité de la vie psychique de l’enfant. Ce dernier tout en observant l’inconnu présenté par sa
mère, en dirigeant clairement la tête et son regard vers lui amorce un
mouvement de retrait marqué du torse et du bassin. Posture qui l’amène à
épouser parfaitement le corps de la mère qui contient le mouvement de l’enfant.
Habileté d’un peintre à rendre la complexité des émotions alliant ouverture au
monde extérieur et le maintien de solides attaches. S’aider du connu pour
prendre son envol. Le détail est incrusté dans un découpage, un décor noir,
théâtre d’ombres et de lumières d’un paysage
aux éléments intemporels.

Stances à partir du regard : en loupe des éléments disparates
obsessionnellement répétés et le flux de petits souvenirs, tous petits éclats
de cet âge-là.
Le cauchemar d’un bac
et des voitures engloutis par le fleuve déchaîné. Dessin au crayon à papier, emprunté aux estampes japonaises. Terreur
née lors d’un voyage en car, de l’embarquement de voitures que je voyais
disparaitre vers le fleuve. La descente, lente, inexorable de véhicules en rang
serré, de personnes à côté de vélos, de piétons aimantés par le fleuve, cette
vision comme une déflagration, le danger de l’eau mille fois rapporté par les
adultes. Le choc d’une impossible
différence et élaboration entre réalité et peur chez le jeune enfant. Plus
tard, terreur qui devient délice par la voie des contes comme celui du joueur de
Flute d’Hamelin.
Pop up des raffineries
de Port Jérôme .
Le lieu de toutes les monstruosités, le bruit, les fumées,
les odeurs, la pollution pour certains.
Pour l’enfant, la beauté, le rêve et l’émerveillement. Noël
et feu de la Saint Jean confondus, tous les soirs quelque soit la saison.
Promesse de veilleuses sur la nuit.
Une installation de Fernand Léger en collection
permanente
Y.
Yvetot le 23 Novembre 2013
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