EXPOSITION "FICTIONS AUTOBIOGRAPHIQUES" - "LIVRES D'ARTISTES" A LA MÉDIATHÈQUE D'YVETOT.
Kakemono en écho au
journal d’Annie Ernaux,
« mes années »
« mes années »
« Écrire est un présent et un futur non un passé », écrit Annie Ernaux dans le livre qui rassemble toute son œuvre.
S’impose alors un titre à ce millier de pages écrit au cours de quatre décennies :
« Écrire la vie »
« La
vie avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de
façon individuelle. Je n’ai pas cherché à m’écrire, à faire œuvre de ma vie :
je me suis servie d’elle… comme une matière à explorer pour saisir et mettre à
jour quelque chose de l’ordre d’une vérité sensible. »
La demande de Laure Exposito « faire écho au livre
« les années » d’Annie ERNAUX n’a pas suscité, à sa réception,
grand enthousiasme de ma part. Pourtant j’aime l’œuvre de cette femme, sa façon
de mettre à distance sans jamais ne rien oublier et renier. Je savais ma gêne et
la manière de ne pas m’y enfermer. Faire matière des reliquats. En presser le
jus, tenter une nouvelle huile essentielle.
Laure est exigeante, juste exigeante. Les traversées qu’elle ouvre
chaque année relèvent d’initiations avec ses chaos et ses illuminations. Elle
sait où elle nous entraine. Le voyage n’est pas calme, elle ne choisit pas les
voies aisées, cartographiées. Nous devons nous jeter à l’eau, aller de l’avant,
nous mettre hors de nous.
Le cadre de l’atelier est un espace vraiment propice aux
recherches. Dans ce jeu en commun, il n’y a pas de dupes et on peut prendre
ensemble la mer. Nous avançons en zig-zag grâce aux échanges, l’imitation, la
discussion. Le groupe constitue une terre
ferme après des tempêtes, des navigations à vue. Laure nourrit cette compagnie
de connaissances en histoire de l'art. Elle gonfle nos répertoires d’œuvres d’artistes
les plus divers, de techniques et compositions appropriées. Seule frustration,
deux heures hebdomadaires filent comme la lumière et sont toujours
insuffisantes.
Pour ce travail, la démarche que je choisis fut en réaction à
la sollicitation initiale à savoir « Partir de photos ». L’apport
patrimonial est maigre. Je n’ai pas de documents photographiques et peu de
souvenirs bien construits des petites années.
Voilà qui devenait fort pratique et me permit de coller à une réflexion de Soulages qui traduit parfaitement mon cheminement en arts plastiques : « Ce que je fais m’apprend ce que je cherche ».
Voilà qui devenait fort pratique et me permit de coller à une réflexion de Soulages qui traduit parfaitement mon cheminement en arts plastiques : « Ce que je fais m’apprend ce que je cherche ».
J’avais chevillé au corps et à l’esprit plusieurs livres qui
faisaient écho à celui « des années » :
Retour à
Reims de Didier Eribon , livret de
Famille de Magyd Cherfi, l’adolescence
volée de Stanislas Tomkievwitz, ainsi qu’un petit livre entretien de Boris Cyrulnik avec Denis Peschanski intitulé mémoire et
traumatisme, l’individu et la fabrique de grands récits. Ma revue de
littérature pour ce voyage.
Au résultat, une surprise d’être prise par et dans une construction protéiforme qui
s’étend, s’étire, se ramifie et dont une partie est exposée. Les liens
ressemblent à des sutures indolores et c’est très bien comme cela. Je rejoins à
mon niveau et modestement Annie Ernaux. Se pencher sur le passé, en arts
plastiques aussi, se conjugue au présent, au futur et aussi au conditionnel
irréel.
Enfin Pascal Quignard
dans Villa
Amalia nous livre sans doute une clé pour comprendre l’aventure.
« On
dit que la toile, selon son étendue, sa forme, sa solidité, ses leurres, sa
beauté au tout dernier moment tisse l’araignée qui lui est nécessaire. Les
œuvres inventent l’auteur qu’il leur faut et construisent la biographie qui
convient. »
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